Qui peut être contre l'Union Nationale? Qui peut contester qu'une vie démocratique passe aussi par des phases de rassemblement?
François Bayrou sait avec merveille jouer de cette réalité en créant l'illusion dangereuse qu'un gouvernement peut rassembler "les meilleurs".
Si il y a illusion, c'est parce que les choix politiques ne se font pas sur une qualité morale (le Bien contre un nouvel axe du Mal) mais sur sur la cohérence et la force d'un projet. On rassemble autour d'un projet, non parce tout d'un seul coup les divergences n'existent plus et que tout le monde est gentil.
Il y a bien sûr plusieurs façons d'être de gauche ou de droite. Il y a toujours des regroupements et des choix électoraux qui se construisent en faisant bouger les lignes: c'est la construction d'une majorité sur un projet politique. F. Bayrou n'est pas dans cette option: il prétend incarner un choix au-dessus de la mêlée. "Ni droite, ni gauche: consensuel autour de moi!"
En réalité, ce jeu de rôle n'est pas vain. Constatant qu'il était encore parti pour arriver loin derrière, F. Bayrou a passé son mois de janvier à maudire toute la presse.... Résultat? ce qui devait arriver arrive! Ayant attiré à lui quelques déçus de notre Présidente de de Région et le flot des électeurs qui expriment dans les urnes leur révolte, le candidat de l'UDF a pris du poids dans les sondages! Le plus incroyable est que cette évolution se construise finalement avec deux éléments principaux : le vide des propositions et le soutien large de nombreux médias...
Sur le dernier aspect, on ne compte plus les "unes" sur "le nouveau troisième homme"... les journalistes les plus conformistes affirment leur soutien, ce qui constitue la nouvelle façon de se croire révolutionnaire tout en étant très strictement consensuel.
Du côté des propositions, on peut en souligner au moins deux qui manifestent que le "projet espoir" qu'il prétend porter n'est qu'un retour à l'immobilisme le plus complet.
Parle -t-on de projets d'éducation? F. Bayrou nous explique (sur TF1 le 26 février) ni plus ni moins que la cogestion entre l'Etat et les syndicats d'enseignants est "une chance pour la France"!... cette conception n'est rien moins que l'aveu d'un aveuglement: il n'y a pas de pire sclérose que celle de notre lourdeur administrative qui trouve son paroxysme dans l'Education Nationale... "Veux tu une mutation camarade? Prends d'abord ta carte chez nous? Veux tu un soutien? Tu aurais dû faire grève avec nous!"
Ayant été DRH pendant plusieurs années, je peux témoigner de l'intérêt des discussions avec les syndicats lorsqu'elles restent dans le cadre d'une recherche de solutions de terrain: il s'agit alors de dialogues sans confusion des genres. Mais, par contre, dire que la transposition au niveau national est envisageable et doit aller jusqu'à valoriser la cogestion est vraiment une garantie de blocage!
Parle-t-on d'institutions? Dans un récent article du Monde, il en dit un peu plus sur ses projets si il devait être élu:
"Parmi les premiers grands chapitres du redressement, il y a les institutions. Le président de la République assume ses responsabilités, mais le gouvernement ne pratique plus le passage en force. Le 49-3, les ordonnances, n'entrent plus dans le cadre des rapports entre le gouvernement et le Parlement. On met en place une loi électorale juste : 50 % des sièges au scrutin majoritaire de circonscription, 50 % à la proportionnelle, avec une barre à 5 % des suffrages. On garde ainsi une dynamique majoritaire tout en répondant à l'impératif d'une représentation équilibrée des territoires et des opinions".
Prenons bien garde de décrypter ce type de proposition! On ne peux pas tout dire à la fois:
1/ si je gagne il y aura un regroupement nouveau autour de moi;
2/ ce rassemblement hybride et hors norme sera majoritaire aux législatives et me permettra de mener ma politique de rassemblement;
3/ j'aurai une telle majorité que je n'aurai plus besoin des instruments qui ont fait leur preuve en permettant la stabilité de la 5ème République;
4/ je promet même que tout sera merveilleux et que l'on pourra donner un siège à chaque parti ayant des candidats, le tout en gardant des majorités stables et en sortant des querelles de partis...
Ce type de perspective relève de l'illusion d'optique... ou plus gravement de la démagogie. Le nouveau chouchou des médias est un maître de la confusion: à nous de le démasquer!