Petit à petit, nous commencions à penser que la chape de plomb du politiquement correct était durablement fissurée. La victoire du NON le 29 mai 2005, la perçée de Ségolène Royal et la montée en puissance de François Bayrou sont autant d'évènements qui démontrent l'intérêt des français pour des prises de position à rebours des présupposés du parisianisme médiatique.
Ces jours ci, une nouvelle polémique a éclatée autour de la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de "l'immigration et de l'identité nationale".
Voici précisemment les propos tenus:
"ARLETTE CHABOT
Alors on va parler priorités. Vous avez dit beaucoup de choses, parce que vous êtes parti tôt en campagne, avec un programme, que vous avez présenté aux Français. Moi je voudrais savoir, si vous êtes élu, le lendemain de votre élection qu'est-ce qui se passe ? À quoi ressemblerait le gouvernement de NICOLAS SARKOZY ? Combien, des hommes, des femmes, la parité, des jeunes, des anciens, qui ?
NICOLAS SARKOZY
Quinze ministres. Des ministères qui ne ressembleraient pas à ceux d'aujourd?hui, parce que je crois qu'un pays de 64 millions d'habitants doit avoir un nombre limité de ministères, mais des ministères rebâtis. Par exemple, je veux un ministère de l'immigration nationale et de l'identité nationale, parce qu'aujourd'hui le dossier de l'immigration est explosé en trois ministères différents. Une équipe soudée, avec des personnalités qui viendraient d'autres formations politiques que la formation politique majoritaire?".
Vous trouvez cela anodin? Vous pensez que c'est plutôt du bon sens? Malheur à vous! vous êtes en train de flirter avec l'extrême droite et de franchir la ligne brune qui sépare la civilisation de la barbarie!
Ce n'est pas moi qui le dit... mais une foule de gens bien attentionnés et libres d'esprit:
Francois Hollande a parlé d'un "flirt poussé" avec l'extrême droite;
François Bayrou a jugé, que le candidat de l'UMP avait franchi "une frontière": "Enfermer dans la même phrase immigration et identité nationale, je ne sais pas si vous voyez ce que ça cherche à évoquer mais je dis qu'il y a là une frontière franchie";
Pour Marie-Georges Buffet:"Réveiller ainsi l'époque de Vichy pour mieux donner des gages aux thèses xénophobes et racistes du Front national est indigne d'un candidat républicain à l'élection présidentielle";
Enfin, le MRAP a exprimé son indignation "face aux idéologies vichystes qui reviennent en force. Nicolas Sarkozy n'hésite pas à flirter avec les pires heures du passé".
Les donneurs de leçon sont donc de retour!
En guise de liberté d'esprit et de définition de l'identité française, Nicola Sarkozy a fait coup double lors de son déplacement à Caen hier soir.
Sa démonstration se fait en plusieurs temps:
Tout d'abord, une définition de ce qu'est l'identité de la France:
"Qu'est-ce que la France ? La France est un miracle. Ce miracle est politique. Il est intellectuel. Il est moral. Il est culturel.
C'est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l'universalisme.
C'est le miracle de la France d'être une grande patrie faite d'une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d'être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
C'est le miracle de la France d'avoir forgé de l'unité sans jamais fabriquer de l'uniformité.
C'est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de l'Etat avec une passion aussi grande de la liberté.
C'est le miracle de la France d'être aussi fortement attachée à l'idée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
C'est le miracle de la France d'aimer d'une même passion l'égalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé. La France est une terre charnelle à laquelle chacun se sent rattaché par un lien mystérieux dont il ne sait au fond qu'une chose, c'est qu'il ne peut le couper sans perdre quelque chose de lui-même.
La France c'est une culture, un idéal, une idée. « Une âme, un principe spirituel » disait Renan.
La France ce n'est pas une race, la France ce n'est pas une ethnie. La France c'est tous les hommes qui l'aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs, à se battre pour elles.
La France elle est dans les têtes et dans les coeurs.
La France est partout où ses valeurs sont vivantes dans la tête et dans le coeur des hommes.
La France c'est un rêve de civilisation.
La France c'est un rêve d'unité.
La France c'est un rêve d'émancipation.
La France c'est un rêve de grandeur et d'universalité.
La France c'est une vieille nation.
La France ce n'est pas une page blanche. C'est un pays qui a une longue histoire. C'est un pays qui s'est forgé au cours des siècles une identité, une personnalité qu'il faut respecter, qu'on ne peut pas effacer, qu'on ne peut pas ignorer, qui est une part de l'identité de chacun, qui est faite de mille apports, de commémorations, de leçons d'instituteurs, de réminiscences qui se transmettent de génération en génération, de souvenirs d'enfance, de vieilles histoires de grands-pères qui ont fait la guerre et qui racontent à leur tour à leurs petits-enfants ce que leurs grands-pères leur ont raconté jadis".
Deuxième temps: nous devons cesser de nous auto-flageler!
"La mode de la repentance est une mode exécrable.
Je n'accepte pas que l'on demande aux fils d?expier les fautes des pères.
Je n'accepte pas que l'on juge toujours le passé avec les préjugés du présent.
Je n'accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit l'histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation.
Je n'accepte pas ce changement systématique de la nation qui est la forme ultime de la détestation de soi.
Car pour un français, haïr la France c'est se haïr lui-même.
Je n'accepte pas que l'on veuille vivre en France en professant la haine de la France".
Troisième temps: le lien entre notre identité et notre capacité à intégrer ceux qui arrivent en France:
"En abîmant la fierté d'être Français, en ressassant indéfiniment de vieilles haines qui appartiennent au passé, en voulant faire expier aux fils les fautes des pères, en cherchant dans l'histoire la cause de tous ses échecs on occulte les vraies causes qui sont dans le présent et dans chacun de nous. Et l'on dessert la cause que l'on prétend servir. Car dresser les Français les uns contre les autres, attiser les rancoeurs et la haine de soi, c'est prendre le risque d'affaiblir la solidarité nationale et c'est desservir la cause de l'intégration que l'on prétend servir. Parce que l'on cherche rarement à s'intégrer à ce que l'on a appris à détester.
A ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu'une chose, c'est qu'ils admettent que la France ne commence pas avec eux mais qu'elle a commencé il y a bien longtemps et qu'elle veut seulement qu'on l'aime et qu'on respecte ses valeurs, qu'on prenne en partage son histoire, qu'on se sente partie prenante de sa destinée.
A ceux qui veulent vivre en France, nous voulons offrir la fierté d'être Français. Ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne sont pas obligés de rester".
D'où une conclusion qui montre que la France peut accueillir tous ceux qui comprennent qu'elle est une synthèse:
"Qu'est-ce que la France sinon d'abord une idée de l'homme, du respect qu'on lui doit, des droits que nul ne peut lui retirer ?
Qu'est-ce que la France sinon un combat multiséculaire pour la dignité de la personne humaine et pour sa liberté ?
Qu'est-ce que la France sinon une culture qui se veut l'héritière de toutes les cultures qui dans le monde ont apporté quelque chose à l'idée d'humanité ?
Qu'est-ce que la France sinon la foi dans la capacité de l'homme à s'améliorer ? Sinon une identité forgée par des siècles d'histoire et des valeurs partagées. Une identité qui s'enrichit des différences de chaque nouvelle génération. Mais que les choses soient claires, pour moi les mots identité nationale sont une réalité républicaine profonde.
Qu'est-ce que la France sinon cet effort continuel pour faire la synthèse de ce qu'il y a de plus grand et de plus beau dans les hommes, sinon cet intercesseur unique entre ce qu'il y a de singulier dans chaque homme et ce qu'il y a d'universel dans tous les hommes, entre le sentiment de chacun et la raison de tous ?
La France c'est un art, c'est une culture, c'est une manière d'être et de penser.
La France c'est la pensée claire, c'est la raison, c'est l'esprit des Lumières.
C'est aussi 2000 ans de christianisme, 2000 ans de civilisation chrétienne. C'est Saint Denis, c'est Reims, c'est le Mont Saint-Michel. C'est Dieu sorti de la pénombre du sanctuaire où l'art roman l'avait enfermé pour être offert à la lumière des cathédrales.
C'est la morale laïque qui incorpore 2000 ans de valeurs chrétiennes.
C'est le respect de toutes les religions.
C'est l'universalisme et c'est l'humanisme (...) La République a accompli le vieux rêve des rois. Elle nous a fait une nation une et indivisible. Une communauté de libres citoyens.
Etre Français c'est aimer la France, c'est vouloir
la République
, c'est respecter l'Etat.
Etre Français c'est prendre en partage l'histoire de
la France
et les valeurs de
la France.
Etre Français
c'est penser qu'au-delà de la droite et de la gauche, au-delà des partis, au-delà des croyances, il y a quelque chose de plus grand qui s'appelle
la France.
J
e veux dire à tous les Français que la France est plus forte quand elle est unie, que la désunion des Français a toujours causé l'affaiblissement de la France, que lorsque la France est faible c'est chacun d'entre nous qui se trouve affaibli.
Etre Français c'est se sentir l'héritier d'une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d'être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation".
Maintenant faite un exercice : relisez les condamnations faites par nos belles âmes... et posez vous une question? Qui est libre d'esprit? qui a le mieux compris ce qui fait la beauté et la grandeur de la France? qui comprend le mieux ce qui fait que la France peut accueillir de nouveaux arrivants dans des conditions qui permettent la paix civile?
Certains pensaient que François Bayrou était l'homme des grands changements. Il vient de nous montrer qu'il est avant tout le fidèle héritier de toute une génération de politique qui ne sont pas capables de voir plus loin que les modes.